Sharenting : que risquent vraiment les photos de vos enfants
Le sharenting, c’est la publication par les parents de photos et de vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. Les risques documentés par la CNIL sont le détournement des images, y compris vers des réseaux pédocriminels, la fabrication d’hypertrucages par intelligence artificielle, la divulgation de la localisation par les métadonnées, le cyberharcèlement, et la construction d’une identité numérique que l’enfant n’a pas choisie. Depuis la loi du 19 février 2024, la protection du droit à l’image de l’enfant est explicitement inscrite dans les obligations des parents.
Cet article s’appuie sur une source unique et vérifiable : la page de la CNIL consacrée au partage de photos et vidéos de votre enfant sur les réseaux sociaux, publiée le 28 novembre 2025.
Ce que dit la loi depuis février 2024
La loi du 19 février 2024 a renforcé la protection du droit à l’image de l’enfant. Elle pose plusieurs principes concrets.
Les parents doivent veiller au respect de la vie privée de leur enfant, ce qui inclut son droit à l’image. Ils doivent l’associer aux décisions le concernant selon son âge et son degré de maturité, autrement dit lui demander son avis dès qu’il est en mesure d’en avoir un.
En cas de désaccord, le juge peut interdire à un parent de diffuser l’image de l’enfant sans l’accord de l’autre. Et dans les situations les plus graves, lorsque la diffusion porte une atteinte sérieuse à la dignité de l’enfant, une délégation forcée de l’autorité parentale est possible.
Ce n’est plus seulement une question de bon sens parental. C’est un cadre juridique.
Les risques documentés par la CNIL
Le détournement des images. Les photos publiées peuvent servir à créer de faux profils, ou circuler sur des réseaux pédocriminels. La CNIL indique que 50 % des images et vidéos d’enfants échangées sur les forums pédocriminels proviennent de publications faites par les parents eux-mêmes sur les réseaux sociaux.
C’est le chiffre le plus difficile à lire de tout cet article, et c’est aussi celui qui change le plus de choses quand on l’a en tête. Ces publications n’avaient rien de choquant à l’origine. Ce sont des photos ordinaires, détournées de leur contexte.
Les hypertrucages générés par IA. Les outils actuels permettent de produire des images dénudées synthétiques à partir de photos parfaitement habillées. Une photo de plage anodine suffit comme matériau de départ.
Les métadonnées. Une image embarque souvent des données de localisation. Répétées, ces informations dessinent le trajet de l’école, l’adresse du domicile, les lieux fréquentés et les horaires.
L’identité numérique subie. La CNIL évoque une moyenne d’environ 1 300 photos d’un enfant publiées en ligne avant ses 13 ans. À l’âge où il commence à se construire une image de lui-même, elle existe déjà, faite par d’autres.
Le cyberharcèlement et ses suites. Une photo embarrassante ressortie au collège, des conséquences scolaires, puis professionnelles des années plus tard. C’est le risque le plus banal et le plus fréquent.
Ce que recommande la CNIL
Les recommandations sont concrètes et tiennent en quelques lignes.
Préférer la messagerie privée, l’e-mail ou le MMS à la publication sur les réseaux sociaux. Obtenir l’accord de l’enfant, selon son âge, et celui de l’autre parent. Éviter les photos touchant à l’intimité, bain ou maillot de bain. Masquer le visage quand c’est possible, en photographiant de dos ou en ajoutant un émoticône. Passer les comptes en privé et restreindre la visibilité aux seuls abonnés. Revoir régulièrement la liste de ses abonnés et supprimer les contenus devenus obsolètes.
Et une recommandation qu’on oublie systématiquement : demander à ses proches de ne pas partager eux-mêmes les photos de votre enfant sans votre accord. C’est souvent par la tante enthousiaste que la photo se retrouve en accès public.
Ce que la CNIL ne traite pas, et qui compte aussi
Il faut être honnête sur la portée de ces recommandations.
La CNIL traite le risque d’exposition, et sur ce terrain la messagerie privée est effectivement une bonne réponse. Elle ne traite pas la question de la conservation, parce que ce n’est pas son sujet.
Or les deux problèmes se posent en même temps aux parents. Vous voulez que vos photos ne soient pas exposées, et vous voulez aussi qu’elles existent encore dans dix ans, retrouvables, en qualité correcte. La messagerie échoue sur ce second point : elle compresse, elle noie les photos dans le fil, et un changement de téléphone efface tout.
C’est là que se situe l’arbitrage réel, et personne ne le fait à votre place.
Les mesures à prendre cette semaine
Faites l’inventaire. Regardez ce qui est déjà publié sur vos comptes. Beaucoup de parents découvrent des photos oubliées, publiées à une époque où les réglages étaient différents.
Vérifiez qui vous suit. Sur un compte privé, la liste des abonnés a souvent grossi sans contrôle. Faites le ménage.
Supprimez ce qui n’a plus lieu d’être. Les photos de bain, celles où l’école est identifiable, celles que votre enfant n’aimerait pas voir ressortir.
Parlez-en à la famille. Une phrase suffit : nous préférons que les photos des enfants ne soient pas publiées, on vous les envoie autrement.
Choisissez un canal unique. Tant que les photos circulent par cinq canaux différents, vous ne contrôlez rien. Un seul endroit, connu de tous, règle la question.
Un espace privé, en quoi cela change la donne
Un espace famille privé ne remplace pas les recommandations de la CNIL, il les rend applicables.
L’accès est nominatif : chaque proche a son mot de passe, vous savez qui peut entrer, et retirer une personne prend quelques secondes. Rien n’est indexé par les moteurs de recherche. Vous contrôlez le téléchargement des contenus, ce qui transforme la recommandation « demandez à vos proches de ne pas repartager » en réglage plutôt qu’en espoir. Et vous supprimez définitivement ce que vous voulez, quand vous le voulez.
Vos proches n’ont ni compte à créer ni application à installer, et un e-mail automatique les prévient à chaque publication, ce qui règle au passage le problème pratique qui pousse tant de parents à retomber sur les réseaux sociaux : la simplicité pour les grands-parents.
Notre page sur le blog privé gratuit détaille le fonctionnement, et l’article partager les photos de bébé sans les réseaux sociaux compare les options au quotidien.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le sharenting ?
La publication par les parents de photos et de vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux.
Est-ce interdit de publier des photos de son enfant ?
Non, mais la loi du 19 février 2024 impose aux parents de veiller au respect de la vie privée de l’enfant et de l’associer aux décisions selon son âge. En cas de désaccord entre parents, le juge peut interdire la diffusion.
Quel est le risque concret d’une photo anodine ?
La CNIL indique que 50 % des images d’enfants échangées sur les forums pédocriminels proviennent de publications parentales sur les réseaux sociaux. Ces images sont, à l’origine, parfaitement ordinaires.
Un compte privé suffit-il ?
Il réduit le risque sans le supprimer : la visibilité reste soumise aux réglages de la plateforme et à la fiabilité de vos abonnés.
Comment demander à un proche de supprimer une photo de mon enfant ?
Demandez-le directement. En cas de refus, le droit à l’image de l’enfant vous permet d’exiger le retrait, et la CNIL propose une procédure de plainte.
Faut-il supprimer tout ce qui a déjà été publié ?
Commencez par ce qui touche à l’intimité, à la localisation et à l’identification de l’école. C’est le plus urgent.
Source
CNIL, Partage de photos et vidéos de votre enfant sur les réseaux sociaux : quels sont les risques ?, publié le 28 novembre 2025.
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